Carte bancaire jamais reçue : La Banque Postale condamnée à rembourser 7 500 €

carte banque postale

À propos du jugement du Tribunal judiciaire de Paris du 16 février 2026 (RG 25/00846 – affaire non traitée par le Cabinet COINTET AVOCAT)

 

Le 16 février 2026, le Tribunal judiciaire de Paris a rendu une décision particulièrement intéressante en matière de fraude à la carte bancaire

L’affaire opposait un particulier à La Banque Postale, après plusieurs retraits frauduleux effectués avec une carte bancaire que le client affirmait n’avoir jamais reçue.

Comme dans de nombreux litiges de fraude bancaire, la banque refusait tout remboursement.

 Elle soutenait que les retraits avaient été réalisés avec la carte authentique et le code confidentiel, et reprochait à son client une négligence grave pour ne pas s’être inquiété de la non-réception de sa carte et pour avoir attendu plusieurs mois avant de contester les opérations.

Le Tribunal judiciaire de Paris n’a pas suivi cette analyse.

Il rappelle que la seule utilisation de la carte bancaire et du code confidentiel ne suffit pas à prouver que le titulaire est à l’origine des opérations

Lorsque la banque choisit d’adresser une carte bancaire et son code confidentiel par courrier simple, il lui appartient également de démontrer que ces courriers sont bien parvenus à leur destinataire.

Retour sur une décision importante pour les victimes de retraits frauduleux.

 

Rappel des faits : une carte bancaire jamais reçue et 7 500 € de retraits frauduleux

M.Z. est titulaire d’un Livret A ouvert auprès de La Banque Postale.

Le 6 décembre 2023, il demande la délivrance d’une carte bancaire liée à ce compte.

Selon la banque, la carte est expédiée dès le lendemain par courrier simple. Le code confidentiel est lui aussi envoyé séparément, également par courrier simple. 

Pourtant, le client affirme ne jamais avoir reçu ni la carte bancaire ni son code.

Quelques jours plus tard, les 16 décembre 2023 puis 23 mars 2024, plusieurs retraits sont effectués pour un montant total de 7 500 €

Au moment de ces opérations, M. Z. indique se trouver soit sur son lieu de travail, soit dans une autre commune, ce qui exclut selon lui toute participation aux retraits.

Après avoir découvert ces opérations, il dépose plainte à deux reprises puis demande à La Banque Postale le remboursement des sommes détournées.

La banque refuse.

Le client décide alors de saisir le Tribunal judiciaire de Paris afin d’obtenir le remboursement intégral de son préjudice financier.

 

La procédure : La Banque Postale invoque une négligence grave du client

Pour justifier son refus de remboursement, La Banque Postale développe plusieurs arguments.

Elle soutient tout d’abord que les retraits litigieux ont été réalisés avec la carte bancaire authentique, après composition du code confidentiel, sans qu’aucune anomalie technique ne soit constatée.

Selon elle, ces éléments démontrent que les opérations étaient régulièrement authentifiées.

La banque reproche également au client deux comportements qu’elle qualifie de négligence grave :

  • il ne se serait jamais inquiété de ne pas recevoir sa nouvelle carte bancaire ;
  • il aurait attendu plus de trois mois avant de signaler les premières opérations frauduleuses.

 

Le litige conduit ainsi le tribunal à appliquer les dispositions protectrices du Code monétaire et financier, notamment les articles L.133-19, L.133-20 et L.133-23, qui organisent la répartition de la charge de la preuve entre la banque et son client.

 

La décision du Tribunal judiciaire de Paris : la banque ne prouve ni la réception de la carte ni une négligence grave

Le Tribunal judiciaire rappelle tout d’abord un principe désormais bien établi.

Lorsqu’un client conteste avoir autorisé une opération de paiement, il appartient à la banque de démontrer non seulement que l’opération a été correctement authentifiée, mais également que son client a agi frauduleusement ou avec une négligence grave. 

Les juges rappellent également la jurisprudence constante de la Cour de cassation selon laquelle la seule utilisation de la carte bancaire et du code confidentiel ne suffit pas à établir cette preuve.

En l’espèce, plusieurs éléments conduisent le tribunal à écarter les arguments de La Banque Postale.

Tout d’abord, la banque reconnaît avoir adressé la carte bancaire et le code confidentiel par courrier simple.

Elle est donc incapable de prouver que ces deux courriers ont effectivement été remis à leur destinataire

Ensuite, le tribunal estime que le simple fait de ne pas consulter régulièrement ses comptes bancaires ne caractérise pas une négligence grave.

Cette appréciation est d’autant plus justifiée que La Banque Postale reconnaît elle-même n’adresser qu’un relevé annuel pour le Livret A concerné. Il était donc difficile de reprocher au client de ne pas avoir détecté immédiatement les retraits litigieux. 

Faute de démontrer une fraude ou une négligence grave de son client, La Banque Postale est condamnée à :

  • rembourser 7 500 € correspondant aux retraits frauduleux ;
  • verser les intérêts au taux légal à compter de l’assignation ;
  • payer 1 800 € au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;
  • supporter l’intégralité des dépens.

 

Conclusion

Cette décision rappelle un principe essentiel en matière de fraude à la carte bancaire.

Une banque ne peut pas refuser un remboursement au seul motif que les opérations ont été réalisées avec la carte bancaire et le code confidentiel.

Elle doit également démontrer que son client a effectivement reçu ces éléments de sécurité et qu’il a commis une fraude ou une négligence grave.

Lorsque la banque choisit d’expédier une carte bancaire ou un code confidentiel par courrier simple, elle prend le risque de ne pas pouvoir prouver leur bonne réception en cas de contestation.

Cette décision s’inscrit dans la continuité d’une jurisprudence protectrice des victimes de fraude bancaire, qui rappelle régulièrement que la charge de la preuve incombe à l’établissement bancaire.

Si votre banque refuse de vous rembourser après des retraits frauduleux, qu’elle invoque une prétendue négligence grave ou que vous n’avez jamais reçu votre carte bancaire, une analyse juridique de votre dossier peut permettre de contester ce refus.

Le Cabinet COINTET AVOCAT intervient dans les litiges relatifs :

  • aux fraudes à la carte bancaire ;
  • aux retraits frauduleux ;
  • aux refus de remboursement opposés par les banques ;
  • aux opérations de paiement non autorisées ;
  • ainsi qu’aux contentieux fondés sur la notion de négligence grave.

 

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